VIe Tableau

1789 - En Savoie, la tourmente révolutionnaire

Le revoilà notre ange du temps. Il observe le travail des hommes, les mêmes gestes sans cesse renouvelés, car depuis des siècles, on utilise les mêmes outils. Le blé est toujours cultivé, mais les graines ne sont plus toutes semblables. Une nouvelle semence est plantée, non plus par les paysans, mais par les philosophes. Elle ne germe pas en terre mais dans les idées des hommes. Quand elle germe, elle enseigne que nul homme ne peut être soumis à un autre, que le mérite a sa récompense et que la justice doit être la même pour tous.

La graine s'est éclose à Paris au cours de l'année 1789 et après cette année là, rien ne fut plus comme avant. Cette graine, c'est la Liberté.

L'ange du temps sait combien de sacrifices il faudra consentir pour l'obtenir.

Trente ans se sont passés. En 1821, à Contamine, un père et son enfant parlent de la période révolutionnaire.

- Père, raconte-moi encore les événements depuis trente ans.

- Ah ! Nous avons été français de 1792 à 1815, et nous sommes redevenus Piémontais. Les rois du Piémont sont la Maison de Savoie, mais ils n'ont plus grand-chose à voir avec nous. Ils sont plus italiens que le pape. Nous, nous parlons en français, nous pensons en français et nous avons déjà donne les preuves de notre attachement à la France.

- Pourtant, la France me semble tout aussi lointaine que Turin.

- Il est vrai que les événements décisifs en France se passent à Paris. Tiens, le 14 juillet de l'année 1789, les Parisiens ont pris une forteresse qui servait de prison, la Bastille. Des savoyards y étaient.

- Je ne comprends pas bien. La France pour nous était un pays étranger. Comment les idées révolutionnaires sont-elles parvenues jusqu'en Savoie ?

- Depuis longtemps des bourgeois instruits de notre région étaient favorables à la Révolution. Jje me souviens des docteurs Dessaix de Thonon et Doppet de Chambéry. Ils joueront un rôle important en France. Plus près de nous, à Carouge, on imprimait et diffusait des idées révolutionnaires. Les Savoyards ont cru que la Révolution les aiderait ; à Contamine et dans tout le Faucigny, nous luttions contre les droits féodaux et contre le prix des affranchissements.

- Mais…, que veux-tu dire par affranchissements ?

- Depuis des siècles, la servitude nous enchaînait à nos terres. Pour être libre, il fallait verser à nos seigneurs une somme d'argent, parfois importante.

- C'est après que la guerre a commencé ?

- Oui, en 1792, les Français ont déclaré la guerre à l'Autriche. Le roi du Piémont, notre roi, était allié à l'empereur, alors les Français sont venus en Savoie. Quel formidable espoir ils ont fait naître ! On croyait qu'ils allaient nous rembourser l'argent versé pour les affranchissements. Pour beaucoup d'entre nous, c'eut été bien nécessaire.

- Que s'est-il passé ensuite ?

- Nous avons élu des députés et choisi le rattachement à la France. Les lois françaises se sont alors appliquées chez nous.

Le Faucigny est devenue district de Carouge et la Savoie département du Mont-Blanc. Les biens des églises furent décrétés biens nationaux et très vite l'inventaire des possessions du Prieuré de Contamine fut dressé par les commissaires de la République. En 1792, les Barnabites furent expulsés.

- C'étaient des moines ?

- - Oui, ce sont des moines. Ils ont dû quitter Contamine, les bâtiments du monastère furent vendus à des Genevois. Ils en firent la fabrique de coton que tu connais. Tu te rends compte, elle emploie 300 personnes !

- En 1815, Napoléon connut une grande défaite en Belgique.

- C'était Waterloo !

- Oui, c'était Waterloo. Après une réunion à Vienne, nous avons cessé d'être français et sommes redevenus sujets du roi du Piémont.

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