Un joyau disparu

Malheureusement, de ce chapiteau de "style archaïque", il ne reste que ces reproductions. Au début du vingtième siècle, la colonne se trouvait derrière le presbytère et le chapiteau dans le bassin du potager des Pères Rédemptoristes. Monsieur Max Bruchet, directeur des services d'Archives de la Haute-Savoie se rendit à Contamine le 16 novembre 1905, prit une série de photos diverses, dont notamment, une très belle vierge en bois peint datant du XVI° siècle, et ce fameux chapiteau. Il note que le Père Carrier, seul gardien du couvent à cette époque - les Rédemptoristes ayant été chassés par la séparation de l'Eglise et de l'Etat - consentirait à le faire encastrer dans le mur de l'église paroissiale.

Dans la Revue Savoisienne de 1896, nous pouvons lire au sujet de ce joyau : " Ce chapiteau est d'un type extrêmement rare ; il présente sur chacun des quatre côtés une tête, grandeur nature, en relief, logée dans un ovale, orné d'une décoration fruste de feuilles d'eau très peu développées. La grossièreté de la sculpture, l'emploi de la feuille d'eau comme motif de décoration et sa forme peu épanouie sont autant de caractères qui permettent d'assigner à ce curieux morceau de sculpture, la date de la fin du XI° ou du commencement du XII° siècle.

Ce chapiteau provient-il de l'église qui aurait pu être construite par les Bénédictins après 1083 au moment de la donation de Contamine à Cluny ? Émane-t-il de la primitive église existant au moment de cette donation ? Faisait-il partie d'une transformation de la vieille église qui eut de puissants protecteurs puisqu'elle fut le siège des sépultures de la Maison de Faucigny ?

Qu'elle qu'en soit l'origine, il est certai'n que ce chapiteau est d'un type très rare, non seulement en Savoie, mais même en France. Nous n'avons guère vu de chapiteau présentant ces têtes si caractéristiques qu'à Nevers (débris de l'église Saint Sauveur, aujourd'hui au Musée de la Porte de Croult, XI° siècle) et à Cluny (débris de l'ancienne abbaye, au Musée de la ville). A-t-il été fait sous l'inspiration de ces derniers par quelque moine envoyé de la maison mère au nouveau prieuré ? ".

Archiviste de la Haute Savoie depuis sa nomination en 1892, Monsieur Max Bruchet, parcourant le département à bicyclette, était chargé de répertorier les monuments, objets, mobiliers... Au cours de la séance de la Commission pour le classement des objets mobiliers du 15 septembre 1906, il propose la Vierge qui, heureusement se trouve toujours à Contamine. A la réunion du 23 novembre 1905, il annonce qu'il a adressé au Ministère concerné, des propositions de classement, notamment pour Contamine-sur-Arve : la chaire, le retable, les stalles et le fameux chapiteau.

Monsieur Bruchet a quitté le département en 1908. Ce chapiteau n'a pas été classé, s'est volatilisé ensuite. Que s'est-il passé ?

Ce joyau a traversé plus de huit siècles à Contamine, malgré la Révolution, la fabrique de cotonnades, les luttes anticléricales, les départs des moines, et toutes sortes d'aléas. Nous ne pouvons que regretter de n'avoir pas su conserver ce chapiteau, disparu peut-être hier, assurément dans un passé relativement récent !

Andrée Blanc.

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